1963-2018 - 55 years of Research for Social Change

  • 0
  • 0

Back | Programme: Genre et développement, Politique sociale et développement

Change and Continuity in Social Protection in Latin America: Mothers at the Service of the State?



Le présent document a trois objectifs. Premièrement, décrire les principaux éléments des nouvelles approches de la politique sociale en Amérique latine pour mieux comprendre les formes nouvelles de protection sociale que l’on voit apparaître au Sud. Deuxièmement, examiner et comparer les modèles, anciens et modernes, de réduction de la pauvreté en se reportant spécifiquement à l’Amérique latine et troisièmement, se demander ce qu’impliquent ces politiques et programmes pour celles qui s’y sont engagées le plus activement et qui constituent une forte proportion de leurs bénéficiaires, à savoir les femmes économiquement faibles.

Trois arguments principaux sont avancés dans ce document. Le premier consiste à dire que si les approches nouvelles de la protection sociale dans les pays en développement sont qualifiées, par routine, de “néolibérales”, ce qualificatif est trop large pour rendre compte des changements de politiques qui se sont produits depuis l’époque de la stabilisation et de l’ajustement. Les “deuxième et troisième” vagues de la réforme ont assimilé le discours de l’égalité, de la citoyenneté et de la participation et, si les dépenses de l’Etat, comme son champ d’action, ont été fortement réduites dans les années 80, il y a eu depuis un redressement, bien que lent et encore insuffisant. Certains analystes politiques vont même jusqu’à parler d’une nouvelle ère de l’Etat providence et d’une “progression vers l’universalisme”.

Le deuxième argument touche à la façon dont fonctionnent les programmes de lutte contre la pauvreté. Si ceux qui ont été mis en place dans les années 90 sont dans une large mesure financés et administrés par l’Etat, leur fonctionnement dépend d’un remaniement des rapports entre l’Etat et la société qui tente de s’appuyer sur des formes existantes de contrôle et d’engagement sociaux ou d’en créer de nouvelles. En bref, bien qu’il soit souvent question d’Etats “vidés de leur substance”, les rapports sociaux et l’Etat demeurent d’une importance capitale pour la protection sociale des populations à bas revenu, bien que de manières insuffisamment problématisées—surtout pour ce qui est des répercussions sur les femmes.

Le troisième argument, qui tient une place centrale dans le document, consiste à dire que les conditions dans lesquelles les femmes ont été intégrées dans les régimes de protection sociale en Amérique latine ont toujours été fortement influencées par leur rôle symbolique et social de mère. Dans l’ensemble, les programmes de lutte contre la pauvreté que l’on voit apparaître actuellement ont encore pour postulat, malgré certaines concessions aux conceptions modernes de la citoyenneté, une construction sexospécifique des besoins sociaux et pour effet un retour aux rôles et aux responsabilités traditionnels des hommes et des femmes. Ainsi l’Etat participe activement, par ces programmes, à l’établissement de relations d’asymétrie et d’inégalité entre les sexes, ce qui, de l’avis de l’auteur, a des conséquences à long terme sur la satisfaction des besoins sociaux.

Le développement s’organise en deux parties principales: la première porte sur la mise en place des politiques sociales en Amérique latine, avant et après les réformes structurelles. L’auteur montre en quoi l’accès des femmes aux droits sociaux a été lié dans l’histoire à leur statut d’épouse et de mère, et leur position sur le marché du travail comme main-d’œuvre mal payée, mal organisée et non déclarée. A partir de là, elle tente de dégager les éléments essentiels de la nouvelle politique sociale et décrit les aspects que présentent les mesures de réduction de la pauvreté depuis 1985.

La deuxième partie commence par traiter de la dimension sexospécifique de la pauvreté, puis examine deux programmes latino-américains de réduction de la pauvreté, Progresa/ Oportunidades au Mexique et les Comedores Populares au Pérou, qui présentent un assez fort contraste, pour tenter de montrer de quelles façons le genre est et a été impliqué dans la conception et la gestion de la réduction de la pauvreté. Ces deux exemples ont été choisis car ils sont représentatifs de deux manières d’aborder la réduction de la pauvreté, l’une récente et l’autre plus ancienne. Progresa/Oportunidades est généralement pris pour modèle des nouveaux programmes de transferts monétaires mis en place en Amérique latine pour faire reculer la pauvreté et a fait beaucoup d’émules. Les Comedores Populares, qui, à l’origine, distribuaient des vivres à la population locale, sont devenus un filet de sécurité important pour les pauvres des villes.
  • Publication and ordering details
  • Pub. Date: 1 May 2007
    Pub. Place: Geneva
    ISSN: 1994-8026
    From: UNRISD